Le 8 et le 9 avril, Offgrid a été lancé !

Nous étions 45 le vendredi et 30 le samedi. Le vendredi était consacré a une présentation du projet et à une prise de contact du groupe avec lui-même, et le samedi à une discussion « en forum ouvert » sur les thématiques importantes d’Offgrid que voici :

Première session Seconde session
Cadre légal d’Offgrid Gestion des richesses
Habitation & relations interpersonnelles Réseau dématérialisé, localisation géographique, échelle de taille du projet
Communication extérieure Education
Actions concrètes : l’après forum ouvert

Les deux journées se sont très bien déroulées dans l’ensemble et ont été l’occasion de se rendre compte de de nombreuses personnes partageaient les mêmes problématiques. Elles ont aussi été l’occasion de montrer que le collectif pouvait gérer sereinement des divergences et des dissensus.

Des témoins ont été nommés pour les deux journées et des rapporteurs·trices pour les discussions.

Les écrits des témoins sont plus centrés sur leur vécu général des journées, et celui des rapporteurs·trices sur le contenu des discussions.

Un grand merci à eux et à elles pour ces écrits !

Le forum ouvert du samedi

Témoignage de Raphaëlle

Arrivée des participants à la journée de débats dans un cadre de fatigue générale. Un réveil en douceur et un premier tour de parole pendant lequel chacun se présente et répond à la question « comment ça va ? » permet à tous d’être plus réactifs. Les horaires ne sont pas respectés dès le début de la journée mais il faut mieux commencer en forme.

Le groupe est beaucoup plus restreint que la veille, plus intimiste, ce qui est très encouragent pour les débats collectifs et permet à certaines personnes qui n’auraient pas osé la veille de s’exprimer (on est pas loin pour ma part).

Dans un premier temps, il s’agit de déterminer les questions qui donneront lieu à deux séries de débats (le matin et l’après-midi). Des conversations en petits groupes de 4/6 personnes font émerger des axes de réflexion. Ces derniers sont exposés au groupe entier à titre personnel ou collectif. Les personnes ayant proposé un axe ont la charge « d’animer » le débat (sans en faire systématiquement des rapporteurs ou des facilitateurs pour autant).

Les thématiques sont très variées mais tout de même interconnectées : les différences (diversité), le nombre et la communication du projet, la localisation et la dématérialisation, la question de l’autonomie/autosuffisance, le cadre légal, l’habitat et les relations interpersonnelles, le mode de vie, l’éducation, la gestion des richesses, l’organisation des prochaines étapes, l’idée de couplage avec d’autres projets.

Des groupes de débat se forment ensuite en autogestion (pas de quota par groupe) dans différents lieux de l’appartement. Chacun est libre de venir et de partir d’un espace à un autre.

Chaque débat se voit attribuer un rapporteur (qui fera la synthèse de ce qui a été dit et le présentera au groupe entier) et un facilitateur (qui si besoin prendra en charge le temps de parole et recentrera le débat, ce qui est souvent nécessaire à ce stade du projet). Toutes les pistes de réflexion n’auront pas pu être traitées (un vote « par gommettes » aura donné priorité à certaines questions qui mobilisaient plus d’intérêt). Trois pistes ont été abordées dans la matinée et quatre l’après-midi. En effet un débat supplémentaire a été ajouté pour permettre d’établir des groupes plus restreints et donc de favoriser la parole pour des personnes plutôt introverties.

Cette proposition avait déjà été faite dans la matinée mais n’a été retenue que l’après-midi. A titre personnel, un débat entre quatre à six personnes me semble beaucoup plus facile et permet à chacun de parler et autorise de rapides digressions qui peuvent être aussi fécondes (il s’agit aussi dans un groupe d’introvertie de prendre en compte différent degrés d’introversion).

Lors du débat auquel j’ai assisté le matin « habitat, relations interpersonnelles », de nombreuses idées intéressantes sont apparues, cependant, pour ma part, j’ai trouvé que la discussion partait vers une dimension un peu utopiste. Faut-il partir de ce que l’on a envie sans se fixer de limites et risquer d’être déçu face à ce que l’on peut faire avec nos moyens ou bien tenter de voir ce que l’on peut faire et ensuite ajouter du confort si possible (la question reste ouverte, sans doute les deux approches sont nécessaires).

L’arrivée en cours de débat est aussi un détail que les groupes doivent gérer : comment intégrer le nouvel arrivant en lui laissant de la place sans qu’il y ait de redite ?

Suite à cette première série de débats, retour dans l’espace collectif et repas (encore un changement par rapport à l’emploi du temps mais nécessaire pour la suite).

De nouveaux tableaux aux murs sont proposés : un pour noter le ressenti, notamment ce qui peut nous bloquer par rapport au projet et un autre pour faire le point sur les ressources (ce que chacun peut apporter), les craintes et les attentes. Tous ces tableaux ont eu un grand succès dans l’ensemble même s’ils font quelque peu « peur » au début, mais une fois pris en mains, des post-it fleurissent avec des propositions et des remarques qui permettent à chacun de mesurer la température générale (et de se rendre compte que les questions/peurs sont relativement partagées).

S’en suit un temps de retour sur les débats de la matinée par les rapporteurs (cadre légal, communication du projet et habitat/relations interpersonnelles). Rester dans le temps imparti (dix minutes) n’est pas facile mais dans l’ensemble la restitution se passe très bien et de nombreuses réflexions intéressantes émergent. Différents types de restitutions sont à noter : avec des tableaux et des post-it ou plus traditionnelles mais toujours très écoutées et claires.

L’après-midi est occupée par une seconde série de débats. Dans l’ensemble, l’énergie est à la baisse mais l’envie est toujours là.

Une fois ceux-ci terminés, suit un temps de relâchement avant les restitutions, un « moment câlins » pour certains. Cela se ressent un peu sur les retours mais les idées sont toujours bien exposées et le groupe entier en profite pour plus interagir avec les rapporteurs.

Le fonctionnement de la suite est alors déterminé rapidement et 5 commissions sont mises en place : déterminer les outils informatiques, une commission en charge d’établir un questionnaire, un groupe de travail sur la gouvernance, une commission de facilitation et un groupe de travail pour établir une charte (ce qui est ressorti dans les débats auxquels j’ai assisté comme un élément fondamental avant de pouvoir construire autre chose).

Dans l’ensemble, toujours beaucoup de bienveillance et d’écoute. Beaucoup de questions et des motivations très diverses et pour ma part un manque de concret qui aurait permis de plus me projeter dans une direction pour comprendre si oui ou non je peux m’associer au projet.

La fin de journée est hors timing mais le départ est progressif et lent car beaucoup de choses restent à dire et à penser.

Témoignage de Pierre

Après une première soirée offrant un contexte et un cadre au lancement du projet Offgrid, la seconde journée commence avec un peu de retard. Il est 11h00. Nombre de personnes présentes la veille ne sont pas là, et je les comprends. Malgré seulement 30 minutes de trajet, j’ai préféré dormir sur place pour m’éviter le réveil et le chemin au petit matin. Il est par ailleurs à noter que la manifestation contre la loi du travail se déroule en parallèle et a entrainé une partie des participants à faire un choix. Le groupe s’étoffera tout de même au fil de la journée, de manière très propre, et sans difficultés logistiques pour l’intégration dans les ateliers du forum ouvert.

Planning et logistique

La journée commence autour d’un petit déjeuner convivial. Pâtisseries, fraises, framboises, oranges et autres fruits accompagnent le thé et les reliefs de ce qui avait été apporté la veille. Vers 11h20/30, la taille du groupe commence à se stabiliser et Jérémy lance la présentation de la journée :

  • une définition des sujets en grand groupe par proposition et vote
  • puis deux grandes sessions d’ateliers en petit groupe sur les sujets les plus plébiscités
  • chacune de ces sessions est suivie de sa restitution devant tout le monde.

Entre ces sessions, le repas. En fin de journée, un temps pour se poser et envisager la suite du projet de manière très concrète. Ce dernier point fera d’ailleurs l’objet d’un des ateliers de seconde session.

En parlant des ateliers, voici les sujets qui ont été majoritairement plébiscités et donc discutés :

Première session Seconde session
Cadre légal d’Offgrid Gestion des richesses
Habitation & relations interpersonnelles Réseau dématérialisé, localisation géographique, échelle de taille du projet
Communication extérieure Education
Actions concrètes : l’après forum ouvert

 

Ces sujets déterminés, des lieux leurs sont assignés, et le dispersement en fonction des intérêts de chacun forme les groupes. Les groupes sont censés être fluides et chacun a le loisir de quitter l’un, pour s’intégrer à un autre en cours de session, ou simplement faire d’autres activités. Dans les faits, je n’ai pas vu cette possibilité être utilisée mais je salue son existence : elle évite une sensation d’emprisonnement à qui ne se sentirait pas à l’aise dans un sujet ou un groupe.

Chaque groupe nomme un rapporteur, en charge du compte-rendu au grand groupe (oral, et écrit), un facilitateur, qui gère la communication au sein du groupe, et un Time keeper, qui suit l’évolution du temps afin d’organiser l’atelier en 1h30.

La première partie de la journée ne proposera que 3 groupes. Je file dans celui qui m’intéresse : Communication externe, où j’y retrouve 3 autres personnes. Etant déjà témoin de la journée, on me laisse le rôle vacant, et je peux m’en tenir à mes notes. Des rapports plus complets seront fait à ce sujet, je ne vais pas développer. Dans l’état d’avancement du projet, réfléchir à la communication externe se présente ainsi : pas de concept précis derrière Offgrid, donc aucune cible de communication possible. Sans cible, pas de possibilité de choisir les outils. Point mort… ? Non ! Nous listerons donc dans le temps imparti tous les outils potentiellement utilisables, et il sera toujours temps de faire le tri lorsque que quelque chose de plus précis se dessinera.

Dans cette optique donc, chacun apporte son expérience et ses réseaux. En vrac, des listes diverses, d’analystes, d’alliés, des bibliographies, des listes de contacts dans les médias et de réseaux permettant de faire le lien avec les communautés minoritaires souvent oppressées. A ceci s’ajoute une réflexion rapide sur comment aborder les différentes cibles potentielles et adapter le discours pour ne pas être offensant, ou marginaliser le mouvement en passant pour des illuminés. Je passe les détails, le rapport, vous le retrouverez, c’est Aurélien B. qui s’en est occupé !

Time’s up !

Au bout d’1h10, nous faisons un bref récapitulatif pour se mettre d’accord. Puis vient l’heure de la présentation au groupe. Chacun se retrouve dans l’espace principal et les rapports commencent dans la plus grande attention et sous chronomètre ! (10 min par groupe oblige)

Du cadre légal à l’habitat, des relations interpersonnelles à notre sujet, la communication extérieure, les retours sont clairs. Les questions du public aident à préciser un point ou deux, la vidéo tourne pour garder une trace audio du contenu, et chacun est libre de ne pas apparaitre à la caméra. Mal placé, je me retrouve à tenter désespérément d’éviter d’être dans le champ tout en continuant à prendre des notes. J’apprécie que l’exposé sur le cadre légal envisage une forme de superstructure qui offrirait des services et aiderait la communauté dans son ensemble : cette idée fait écho aux possibilités que j’avais envisagées derrière le projet Offgrid.

Au bout de 40 minutes, tout le monde est passé, tout le monde a faim. Il est 14h30, ou 15h00. Je ne sais plus exactement. Mais il reste suffisamment de nourriture pour se faire un mini-buffet et discuter de la journée. Déjà fatigué par une petite nuit passée à m’agiter dans tous les sens et donner des coups de pieds au pauvre Lysandre qui partageait mon lit, je m’écarte des conversations et mange dans mon coin. Quiches, Ratatouille, riz, et autres plats tournent autour de moi. Le groupe s’étoffe par la même occasion et une petite quantité de personne se joint à nous pour la seconde session. J’ai été assez satisfait de voir que cette inclusion n’a pas demandé de remise à plat de tout le fonctionnement et que les ajouts au fil du temps se sont fait de manière très fluide. Ce genre de détail est suffisamment rare à mes yeux pour le souligner !

ROUND 2 ! FIGHT !

Il est déjà 16h00. Mon nouveau groupe d’adoption traite les possibilités de dématérialisation du concept, les problématiques de localisation géographique, et entame une réflexion sur l’échelle de la communauté. J’y rencontre Raphaëlle, Nicolas et Marie-Gabrielle. Nicolas sera notre Time Lord, Raphaëlle notre facilitatrice, et je suis catapulté avec toutes mes angoisses de prise de parole Rapporteur ! Mais c’est pour la bonne cause, Marie Gabrielle a les mêmes soucis que moi, elle l’a déjà fait dans le groupe précédent. Ce n’est pas nécessaire de lui infliger ça une seconde fois !

Nous partons donc à nouveau sur l’organisation de notre temps. La parole s’échange bien, je me retrouve à empiéter sans le vouloir sur le rôle de Raphaëlle et nous remettons vite tout ça à l’endroit ! Le groupe est chouette, les gens sont adorables, et si chacun avait une interprétation différente du sujet, il a été possible d’intégrer dans un tout presque cohérent les approches de tout le monde. 10 /15 minutes avant la fin, nous faisons un crash test. Je leur présente à l’oral en 10 minutes le fruit de notre réflexion. C’est parfait ! Pour eux. Moi j’ai déjà un début de sueurs froides.

Restitution

J’aurai pu, passer en premier, devant le manque de volontaires. Mais je n’ai finalement pas eu le courage ou la motivation. Je passe donc en seconde ou troisième place, je ne sais plus trop. Le topo est rapide : avant-propos sur mon stress à l’oral. Plus pour me rassurer moi que prévenir le public, en faisant ça, je viens de me déculpabiliser de toute catastrophe potentielle dans ma prestation ! Présentation des parties, développement et temps rapide pour les questions. Un peu comme à la fac, il y a longtemps, mais avec moins de jugement dans les regards. J’ai l’impression d’une fuite vers l’avant à chacun de mes mots, et de m’embrouiller. Les retours par la suite que j’ai eu ont, eux, été très positifs et m’ont beaucoup touché. Merci à vous.

Autour, les autres sujets, apportent des éléments de réflexion et des outils très intéressants :

  • Diagrammes et tableaux pour la gestion des apports à la communauté et la gestion des tâches
  • Listing et propositions dans le cadre de l’éducation concernant les méthodes inclusives et offrant la plus grande ouverture d’esprit aux enfants autant qu’aux adultes
  • Et pour clôturer, les actions, la suite après ce jour, du projet. Des actions concrètes qui permettront à Offgrid de ne pas mourir avec le départ des participants du lieu.

Dans cette dernière optique, des commissions sont créées, à l’instar du mouvement Nuit Debout de la place de la République, et chacun a le loisir de s’inscrire ou non dans celles-ci (Commission outils, Commission Charte, Commission Facilitation, Commission Gouvernance, Commission Questionnaire).

Ceci étant fait, je commence, avec force procrastination, à préparer mon départ avec Livia qui nous a rejoints un peu avant le second débat. Je suis fatigué socialement, j’ai besoin d’air et d’espace vide de gens que je connais. Quelques câlins, au revoir, et allers-retours pour rassembler mes affaires et profiter de l’air de Paris, bien plus frais. Je me sens mieux. Un peu vidé. Mais sans savoir pourquoi, je garde une forme de déception, comme s’il manquait quelque chose. Livia me fait part du même souci, mais nous ne mettrons pas le doigt exactement sur le problème…

Bilan

A mes yeux, le risque de la journée était d’en attendre beaucoup. Chacun avait son projet en tête, et chacun avait l’envie d’en sortir avec un projet, de préférence le sien, et des actions concrètes dans ce sens pour avoir le sentiment d’avancer. Ce point se retrouvait d’ailleurs sur de nombreux tableaux-outils avec force +1. Pour ma part, j’ai fait rapidement le deuil d’une avancée sur un projet concret à l’échelle de la journée en raison de la diversité des idées. Cette première journée a plutôt été un moyen de déterminer si l’on était en mesure de travailler ensemble.

Et si l’on regarde la journée avec cet objectif-là, le résultat est plutôt positif. Personne ne s’est tapé dessus, les processus de réflexion et retransmission de l’information étaient efficaces et bien suivis, et les idées qui en sont sorties ont dégrossi la réflexion pour chacun afin de partir sur des bases communes.

Je regrette deux choses dans la conclusion de l’évènement :

  • l’ambiance, l’insistance des organisateurs sur la nécessité d’aller plus loin, de ne pas arrêter le mouvement là. Et la pression des pairs, qui était aussi pour un certain nombre leur groupe social, rendant très difficile une alternative qui aurait dû être simple : ne pas s’impliquer dans une commission. Avec un cercle social très impliqué, il est très simple d’avoir peur d’une ostracisation en s’éloignant d’un tel projet qui a fédéré sur deux jours beaucoup de personnes qui se connaissent. Je ne parle pas pour moi. Je n’aurai pas écrit 6 pages en deux jours dans ce cadre autrement ! Mais je parle de ce que j’ai ressenti. Je suis pour un projet perméable dans sa communauté, pour éviter un stress et un essoufflement du mouvement.
  • L’insistance sur la nécessité de continuer le mouvement, tout de suite, d’aller plus loin, là, maintenant, et ne surtout pas laisser reposer. C’est dans la continuité du point précédent. L’idée de base se comprend. C’est effectivement une nécessité. Mais elle a probablement été mal amenée à mes yeux, entrainant une sensation de rush, de tout de suite, et donnant la sensation que ce rythme fou sur deux jours devait être gardé au-delà de la journée. Sauf que le rythme de cette journée a été extrêmement rapide, effréné même. Timé à la minute près, potentiellement stressant. Et si l’actualité est favorable à ce projet et donne envie de le pousser tout de suite afin de profiter du mouvement de la société, il y a aussi le risque de bruler l’énergie des personnes moins résilientes en gardant cette cadence, ou tout du moins, en donnant l’impression que cette cadence sera gardée. Ce qui entrainerait un écrémage du projet au fil des épuisements.
Des témoignages du lancement d’Offgrid

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