Vendredi 8 avril 2016

Hannah

Je me suis portée volontaire pour être témoin de la première soirée du lancement d’Off Grid. Je donne donc ici un compte-rendu très subjectif de la soirée.

Dans un premier temps, je vais en raconter le déroulé, pour garder une trace écrite de ce qui a été échangé et permettre à ceux qui n’étaient pas là de s’en faire une idée. J’en donnerai en même temps mes impressions personnelles, car, vu qu’elles sont très positives, elles peuvent sûrement rassurer certains hésitants qu’un tel groupe intimide peut-être. J’ai donc opté pour un format récit, à la première personne, en espérant (sans être sûre) que cela conviendra aux attentes.

J’en profiterai pour faire un résumé de la conférence d’une heure donnée par Jérémy sur la situation actuelle et les alternatives possibles.

Et je finirai par ce que j’ai tiré de la soirée.

Déroulé et impressions : un groupe bienveillant, inclusif et une écoute attentive

 

Accueil

J’arrive vers 19h45, la soirée a donc commencé depuis peu, et certaines personnes sont déjà installées à discuter. Introvertie et facilement intimidée en groupe, je suis tout de suite agréablement surprise par l’accueil et la facilité de contact, tant avec les habitants et de l’appart qu’avec ceux qui, comme moi, ne connaissent (presque) personne. Des bonjours, des comment tu t’appelles, je suis vite accueillie dans les conversations. Tout ça est très ouvert et inclusif, jusque dans la façon de s’identifier : on s’étiquette avec nos prénoms et nos pronoms de préférence, sans prendre la binarité de genre comme pré-requis, ce qui fait plaisir ! Je découvre le pronom “iel”.  

Après un temps où on discute en grignotant au buffet, Jérémy présente le déroulement de la soirée, et les codes qu’on utilisera. Comme à la nuit debout, on fait coucou des deux mains pour signaler l’approbation, on croise les avant-bras pour une opposition radicale (de préférence avec contre-proposition), on mouline les mains pour dire qu’on s’attarde trop sur un point déjà entendu. Ce sont des gestes qui invitent à ne pas être passif quand on écoute, sans non plus faire d’intrusion dans le discours – être dans l’écoute bienveillante. Jérémy précise que même si le projet a émané de lui et que c’est lui qui fera la présentation ce soir, il n’a pas l’intention de posséder ou de mener le projet.

Inclusion

On commence par des mini exercices pour mélanger les gens : demander à 3 personnes comment ça va, et ce qu’elles attendent de la soirée. Et puis on met tout ça sur des panneaux affichés aux murs : une échelle qui va de “super!” à “boarf” pour “comment ça va ?” et une feuille où on peut coller des post-its avec les attentes. Pour beaucoup, c’est de la curiosité, du “je viens pour voir” : voir comment ça se passe avec les gens, si le projet m’enthousiasme, si j’ai l’impression que c’est concret après ce soir, après demain. Ça me rassure de ne pas être la seule à être venue “pour voir”, sans déjà être dans une démarche construite de transition (outre dans mes façons de penser). Et même si certaines personnes y sont quand même déjà plus que moi, il n’y a pas de jugement, pas de hiérarchisation.

Deux autres tableaux sont affichés pour ceux qui veulent : un pour les craintes et les tensions, l’autre pour les célébrations (qui va de ce qui est “essentiel” à “la cerise sur le gâteau”).

Conférence

On revient s’asseoir, pour la conférence donnée par Jérémy qui donne un aperçu rapide mais, je trouve, intéressant et complet, sur la situation actuelle (j’en fait un résumé très bref plus bas). J’ai l’impression de ne pas avoir toutes les connaissances qu’il faut pour prendre du recul sur ce qu’il nous dit, mais je reconnais bien sûr certains éléments. Le constat est assez sombre, et Jérémy mentionne l’analogie que fait Pablo Servigne entre le moment où on prend conscience de la possibilité écroulement de notre système et un deuil. Mais la bonne nouvelle, c’est que l’on a le choix de s’organiser autrement, et de construire des alternatives positives, ensemble. C’est pour ça qu’on est là.

 

Résumé (très résumé) de la conférence

Constats sur le système actuel :

  • Un Etat qui protège et est soutenu par les puissances capitalistes.
  • Les mécanismes qui font que l’on est où on est : émission de la monnaie qui bénéficient à ceux qui en sont les plus proches, propriété lucrative privée (cf Piketty), coercition légale, orwellisation du langage, concentration des médias…
  • + “There is no alternative”, le confort qui nous empêche de voir plus loin

Les effets : pauvreté, chômage, solitude, maladies, oppression des minorités politiques et des animaux non-humains, pillage des ressources des petits voisins.

Et impact environnemental : collapsologie et Pablo Servigne, réchauffement climatique, rendement décroissant du blé, épuisement des ressources…

Des exemples d’alternatives (qui sont toutes à creuser) :

  • Démocratie participative (≠ représentative) avec système de tirage au sort : des personnes tirées au sort s’emparent d’un sujet, prennent une décision par défaut, par consentement (ceux qui s’y opposent l’expriment
  • Monnaie à dividende universel ou culture du don
  • Culture non oppressive
  • Alimentation via permaculture
  • Habitat bio-climatique, qui permet de réduire la consommation en énergies

Et toutes les autres à explorer ensemble.

Discussions

Ensuite, on s’organise en groupes de moyenne taille pour faire encore un peu connaissance et discuter de ce dont on discutera le lendemain. Ce qui m’a marqué (c’est tout nouveau pour moi) c’est comment la prise de parole s’organise : une personne est chargée de noter les demandes de prise de parole, avec un système de double liste qui permet à ceux qui n’ont pas déjà parlé d’avoir la priorité. Dans mon groupe, la conversation s’oriente vers la relation avec le système extérieur, et quel niveau de dépendance on gardera vis à vis des grandes structures comme les hôpitaux, les réseaux internet et d’énergie… On parle aussi des écolieux déjà existants, de sortir des mentalités capitalistes, de comment s’assurer que la prise de décision soit équitable, de comment protéger les minorités. J’ai une longue conversation sur l’Etat et pourquoi je ne le rejette pas du tout en bloc. Ce sont des conversations un peu en vrac, très agréables, et qui accentuent l’étendue de ce qu’on a à explorer et à apprendre.

Séparation

Après ces conversations, on se rassemble en grand groupe, on débrieffe, et après un petit temps buffet, on se dit au revoir. Je jette un oeil aux tableaux célébrations et tensions avant de partir. Les célébrations qui reviennent portent principalement sur l’écoute attentive et bienveillante (qui m’a aussi beaucoup touchée), le fait que Jérémy a fait de son mieux pour ne pas accaparer l’attention et se poser en leader, et la volonté d’inclusion palpable. Une des tensions, qui raisonne quand je la lis, porte sur les relations humaines : on a beaucoup parlé d’organisation, de système, etc… et moins d’amour, de sexualité, et de ce qui pourrait poser problème au sein de groupe, à un niveau humain.

Conclusion 

Il ne s’agissait pas, ce premier soir, de déjà prendre des décisions et savoir clairement où on allait. Ce n’était pas l’objectif avec lequel j’y allais : j’y allais surtout pour rencontrer les gens qui constituent les intéressés d’Off Grid, et sentir si je pourrais m’entendre avec eux et m’y sentir bien. À ce niveau, cela a été une réussite. Je rencontrais presque tout le monde pour la première fois, et je n’avais pas du tout l’habitude de ce type d’écoute, d’inclusion et de bienveillance dans un groupe (non pas que je traine avec des trolls, mais vous voyez de quoi je parle, je pense). C’est donc ce que je retiens principalement de ma soirée : le fait que dans ce groupe, la norme soit de ne pas imposer de norme, de chercher à ce que tout le monde se sente bienvenu et entendu, qu’il/elle/iel soit nouveau ou non, NA ou non, genré de quelque manière que ce soit ou pas du tout, introverti ou extraverti…, et de reconnaître que c’est important de penser activement à ces inclusions diverses. Pour moi, c’est très rafraîchissant.

Et c’est une base solide pour construire quelque chose de nouveau et de beau : plutôt que la colère ou la peur, le constat de ce qui ne va pas et l’envie de changer avec bienveillance.

Témoignage sur le Lancement d’Offgrid

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